On croirait que le bâtiment se trouve à l’angle de deux rues. Et pourtant, il se situe bien dans la rue Braille (12e arrt de Paris). Mais son architecture particulière, très anguleuse, crée cet effet d’optique lorsqu’on est au bas de la rue. A la croisée d’éléments urbains disparates, implanté sur les deux-tiers d’une petite parcelle de 209 m2, le site intègre en fait la perpendicularité de deux géométries qui se rencontrent et respectent ainsi le décalage des deux trames existantes. « Le bâtiment s’appuie sur le pignon existant et vient finir la séquence urbaine qui démarre en haut de la rue Louis Braille et qui se terminait jusqu’alors par un pignon aveugle », expliquent les architectes. L’occupation partielle de la parcelle engendre un recul de plus de 6 mètres qui a permis d’aménager un jardin au rez-de-chaussée et de créer une cour intérieure et d’ouvrir des vues vers l’est. Cette insertion urbaine, plutôt réussie, apporte une touche de modernité dans la rue, tout en respectant les « accidents » du paysage parisien.
Un lieu de pédagogie avant tout
Les architectes de l’agence AIR, Cyrille Hanappe et Olivier Leclercq, ont opté pour un bâtiment « relativement simple » entièrement pensé et conçu pour recevoir de jeunes autistes qui font leurs premiers pas vers l’autonomie, et ce pour des durées courtes (de 24 heures à 1 semaine). La couleur fait partie intégrante du projet, servant notamment de repères aux jeunes malades, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Ainsi, de la rue, on aperçoit du violet sur certains encadrements de portes et fenêtres, tandis que les pièces comme la salle à manger ou le salon affichent des couleurs vives. Les chambres, quant à elles, sont plus sobres et douces, de même que les couloirs et salles d’eau. Seuls les revêtements de sols diffèrent et permettent au malade d’identifier la pièce dans laquelle il se trouve.
Si Cyrille Hanappe et Olivier Leclercq réfutent l’idée d’avoir réalisé un centre médicalisé, ils ont bien entendu pris soin de penser à tous ces petits détails qui rendront la progression des autistes plus aisée : fenêtres oscillo-battantes qui se verrouillent, robinet à arrivée d’eau bloquée, éclairages « plats » pour éviter tout accident, éclairage automatique pour éviter les va-et-vient intempestifs sur les interrupteurs… Bref, l’équipement reste sommaire, mais est adapté aux difficultés des autistes et à leur chemin vers plus d’autonomie. Ainsi, les salles de bains et cuisine sont conçues comme des « ateliers pédagogiques » où l’on y apprend tant l’hygiène que les rudiments culinaires.
Cet ERP (établissement recevant du public) a été construit dans un souci de développement durable sans coût supplémentaire et pensé pour nécessiter peu d’entretien. Le bâtiment bénéficie d’une isolation par l’extérieur, offrant une meilleure inertie, dispose d’une pompe à chaleur à condensation air/eau réversible, de planchers chauffants et rafraîchissants et de systèmes de contrôle et de régulateurs pour réduire les consommations d’électricité, d’eau et de gaz. « Nous avons retiré les panneaux solaires prévus à l’origine, notamment pour des raisons de coût et de rentabilité », confie Olivier Leclercq. Au final, cette construction de 570 m2 aura demandé un investissement de 1 million d’euros, soit 1.800 €/m2. « Ce qui est peu cher pour une structure médicale », notent les architectes.